Je tient sous sa juridiction la totalité de son univers, en lui 1894, 1er janvier : le Narrateur 16 ans envoie à Gilberte 14 ans une lettre longue et passionnée dans laquelle il lui propose de mettre fin à leur amitié ancienne, amitié denfants, et dinaugurer entre eux une autre amitié, plus belle et indestructible, soit une relation amoureuse et non plus simplement amicale : je lui disais que notre amitié ancienne disparaissait avec lannée finie, que joubliais mes griefs et mes déceptions et quà partir du 1er janvier, cétait une amitié neuve que nous allions bâtir, si solide que rien ne la détruirait etc. I, 477-78. Naturellement, la lettre déplaît aux parents de Gilberte qui, en conséquence, ne vient plus pendant quelque temps jouer aux Champs Elysées. Françoise achète ce même jour deux cartes postales représentant lune Pie IX, icône de la droite catholique et conservatrice, lautre Raspail, icône de la gauche révolutionnaire et communarde I, 478. La vieille servante est sensible à la sainteté de licône, mais indifférente aux luttes politiques. Raspail est mort en janvier 1878, et Pie IX en février de la même année. une force de gravité toute-puissante, tout ce qui tend à se projeter hors
Sans doute elle nespérait pas quil se soumettrait jusquà imiter la sainte simplicité de la tante du pianiste qui venait de sécrier :
À la rencontre de Gilbert Amy La rencontre avec le sujet alcoolique na rien de facile avec les enfants extraterrestres, Lunivers des sites de rencontre Elle est accompagnée dune-Ah! Bien, bien, ça va bien, dit-il sur le ton dun douanier, méfiant tout à lheure, mais qui, après vos explications, vous donne son visa et vous laisse passer sans ouvrir vos malles. Il nest pas franc, cest un monsieur cauteleux, toujours entre le zist et le zest. Il veut toujours ménager la chèvre et le chou. Quelle différence avec Forcheville! Voilà au moins un homme qui vous dit carrément sa façon de penser. Ça vous plaît ou ça ne vous plaît pas. Ce nest pas comme lautre qui nest jamais ni figue ni raisin. Du reste Odette a lair de préférer joliment le Forcheville, et je lui donne raison. Et puis enfin, puisque Swann veut nous la faire à lhomme du monde, au champion des duchesses, au moins lautre a son titre ; il est toujours comte de Forcheville, ajouta-t-il dun air délicat, comme si, au courant de lhistoire de ce comté, il en soupesait minutieusement la valeur particulière. Cette semaine, France musique met en lumière Un amour de Swann de Marcel Proust. Fasciné par la beauté de la langue française et par la musique, lauteur nous fait part dun voyage littéraire et musical hors du temps, notamment au travers de la Sonate de Vinteuil. 1910-1913 : le Narrateur revient dans lallée des Acacias au mois de novembre un des premiers matins de ce mois de novembre : I, 414, à moins que ce ne soit au mois de mai cétait le premier éveil de ce mois de mai des feuilles : I, 414, et regrette lannée 1892 où il allait admirer, accompagné par Françoise, Odette passant en souveraine au milieu de ses admirateurs : Hélas! il ny avait plus que des automobiles conduites par des mécaniciens moustachus quaccompagnaient de grands valets de pied. Je voulais tenir sous les yeux de mon corps pour savoir sils étaient aussi charmants que les voyaient les yeux de ma mémoire, de petits chapeaux de femmes si bas quils semblaient une simple couronne. Tous maintenant étaient immenses, couverts de fruits et de fleurs et doiseaux variés. Au lieu des belles robes dans lesquelles Mme Swann avait lair dune reine, des tuniques gréco-saxonnes relevaient avec les plis des Tanagra, et quelquefois dans le style du Directoire, des chiffrons Liberty semés de fleurs comme un papier peint I, 417. La mode ici suggérée est celle des années 1910. Selon une note de Jo Yoshida, dans lédition de la Pléiade sous la direction de J-Y.Tadié p. 1280, note 3 de la p. 417, les tuniques gréco-saxonnes avec des plis de Tanagra renvoient plutôt à la robe quon disait tanagréenne, et dont la mode était à son apogée vers 1908. La Pléiade de Clarac et Ferré, dans son résumé, intitule le texte : Traversée du Bois un matin de fin dautomne en 1913 I, 997, note pour la page 421. Lorigine de cette datation 1913 vient de ce que Proust situe son récit cette année I, 414, ce qui a été interprété comme la date de parution de lédition princeps de Du Côté de chez Swann, soit le 14 novembre 1913.
Hors-série : lire Proust nest pas faire un selfie avec le baron de Charlus Par cet amour Swann avait été tellement détaché de tous les intérêts, que quand par hasard il retournait dans le monde, en se disant que ses relations, comme une monture élégante quelle naurait pas dailleurs su estimer très exactement, pouvaient lui rendre à lui-même un peu de prix aux yeux dOdette et çaurait peut-être été vrai en effet si elles navaient été avilies par cet amour même, qui pour Odette dépréciait toutes les choses quil touchait par le fait quil semblait les proclamer moins précieuses, il y éprouvait, à côté de la détresse dêtre dans des lieux, au milieu de gens quelle ne connaissait pas, le plaisir désintéressé quil aurait pris à un roman ou à un tableau où sont peints les divertissements dune classe oisive ; comme, chez lui, il se complaisait à considérer le fonctionnement de sa vie domestique, lélégance de sa garde-robe et de sa livrée, le bon placement de ses valeurs, de la même façon quà lire dans Saint-Simon, qui était un de ses auteurs favoris, la mécanique des journées, le menu des repas de M me de Maintenon, ou lavarice avisée et le grand train de Lulli. Et dans la faible mesure où ce détachement nétait pas absolu, la raison de ce plaisir nouveau que goûtait Swann, cétait de pouvoir émigrer un moment dans les rares parties de lui-même restées presque étrangères à son amour, à son chagrin. À cet égard, cette personnalité que lui attribuait ma grandtante, de fils Swann, distincte de sa personnalité plus individuelle de Charles Swann, était celle où il se plaisait maintenant le mieux. Un jour que, pour lanniversaire de la princesse de Parme et parce quelle pouvait souvent être indirectement agréable à Odette en lui faisant avoir des places pour des galas, des jubilés, il avait voulu lui envoyer des fruits, ne sachant pas trop comment les commander, il en avait chargé une cousine de sa mère qui, ravie de faire une commission pour lui, lui avait écrit, en lui rendant compte quelle navait pas pris tous les fruits au même endroit, mais les raisins chez Crapote dont cest la spécialité, les fraises chez Jauret, les poires chez Chevet, où elles étaient plus belles, etc. Chaque fruit visité et examiné un par un par moi. Et en effet, par les remerciements de la princesse, il avait pu juger du parfum des fraises et du moelleux des poires. Mais surtout le chaque fruit visité et examiné un par un par moi avait été un apaisement à sa souffrance, en emmenant sa conscience dans une région où il se rendait rarement, bien quelle lui appartînt comme héritier dune famille de riche et bonne bourgeoisie où sétaient conservés héréditairement, tout prêts à être mis à son service dès quil le souhaitait, la connaissance des bonnes adresses et lart de savoir bien faire une commande. Mais la princesse voyant que M. De Froberville continuait à regarder Mme De Cambremer, ajouta moitié par méchanceté pour celle-ci, moitié par amabilité pour le général : Pas agréable.. Pour son mari! Je regrette de ne pas la connaître puisquelle vous tient à coeur, je vous aurais présenté, dit la princesse qui probablement nen aurait rien fait si elle avait connu la jeune femme. Je vais être obligée de vous dire bonsoir, parce que cest la fête dune amie à qui je dois aller la souhaiter, dit-elle dun ton modeste et vrai, réduisant la réunion mondaine à laquelle elle se rendait à la simplicité dune cérémonie ennuyeuse, mais où il était obligatoire et touchant daller. Dailleurs je dois y retrouver Basin qui, pendant que jétais ici, est allé voir ses amis que vous connaissez, je crois, qui ont un nom de pont, les Iéna-Ça été dabord un nom de victoire, princesse, dit le général. Quest-ce que vous voulez, pour un vieux briscard comme moi, ajouta-t-il en ôtant son monocle pour lessuyer, comme il aurait changé un pansement, tandis que la princesse détournait instinctivement les yeux, cette noblesse dempire, cest autre chose bien entendu, mais enfin, pour ce que cest, cest très beau dans son genre, ce sont des gens qui en somme se sont battus en héros. Son nom de jeune fille est inconnu, mais on sait quelle a posé pour Elstir à Nice sous le pseudonyme de Miss Sacripant, dans sa jeunesse. On peut supposer quelle menait alors une vie dartiste, posant nue, peut-être prostituée doù son surnom de Sacripant. Elle a épousé en premières noces Pierre Saylor de Verjus, comte de Crécy, un aristocrate relativement pauvre, puis sen est lévénement décisif de la soirée dangoisses et des catleyas, pp. 80 à Swann est amateur dart, conscient de la mésalliance de son amour pour Odette, il sauto-justifie esthétiquement : Odette est à ses yeux un personnage à la Botticelli. Comment, vous êtes là depuis déjà un long moment! .
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